Treizième séquence : Les clefs

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Psychœ interrompit Crevert dans son dilettantisme.
Elle avait la mine résolue, le pas ferme et décidé, l’index pointé vers le ciel, les lampes écartées. Elle lui dit sourdement :
― Le plomb, passe-le-moi.

L’Écholapsus :
Certainement un plan pour mettre en évidence les circonstances d’un évènement étrange.

― Je ne l’ai plus, mentit Crevert, mais assez mal, pour qu’elle comprenne qu’il lui fallait insister.
― J’ai compris, dit celle-ci, le plan, et vite.
― Regarde dans le grand miroir.
― Lequel ?

L’Écholapsus :
Ce tiroir propose un symbole dont le rossignol semble perdu (égaré ?), mais d’après moi, le mot qui me vient tout de suite à l’esprit, c’est le mot « secret ». Or, un tiroir secret, qu’est-ce d’autre qu’un dispositif dont on ignore le mécanisme ?

― Celui-ci ?
― Le premier, je te dis. Celui-là est un prototype.
― Il est fermé à clef.

L’Écholapsus :
Ce texte dissimule beaucoup de renseignements pour créer un sentiment d’étrangeté chez celui qui le lit. Des clefs sont par conséquent les bienvenues pour percer la manière dont il se déguise. Est-ce de ce type de clef dont veut parler Psychœ ?

― C’est juste, j’avais oublié. Seul le père Fétiche possède la clef.
― Il me semble qu’on parle beaucoup de lui ces derniers temps !
― C’est normal, c’est parce que je voudrais théâtraliser le domaine intelligible.
― Bon, admettons. Où est la clef ?
― Je l’ai perdue…
― Cherche.
― Tu veux rire ? Je ne vais pas perdre mon temps à me tromper davantage, ce n’est pas toi qui devrais être ici. C’est Psychæ !
― Ah ? Et pourquoi cela ?
― Parce que c’est Psychæ qui dit : « Psychi, c’est bibi ». Et je voulais que tu sois fâchée que Psychæ se prenne pour toi en estropiant ton nom, mais j’ai confondu.
― Je ne comprends rien, mais alors là, absolument rien à ce que tu me racontes, Crevert, et toute cette histoire commence à m’embêter sérieusement.

Plus tard, alors que la fluidité du quiproquo créé par cette fameuse Psychi était définitivement close, le rossignol se mit à fredonner des commentaires significatifs à travers les épais barreaux de sa cage.

L’Écholapsus :
Certaines des phrases du manuscrit se présentent comme une fuite organisée de non-sens. Et pourtant, dites-moi, quelle est la particularité d’un rossignol sinon celle de fredonner ce qu’on lui a appris à dire ? Il va donc nous falloir retourner en arrière pour découvrir le moment où on évoque ce volatile.
Retourner en arrière. Cela veut surtout dire suspendre notre lecture et relire tout le texte.


Georgie de Saint-Maur

    
Le rossignol est-il la clef ? Faut-il vraiment relire tout le texte pour y comprendre quelque chose ? Parle-t-on trop du père Fétiche dans ce feuilleton ? Peut-on dire que le domaine intelligible a été théâtralisé au cours de cette séquence ?
    

Écho n°189, par Georgie de Saint-Maur :
Dans son essai Le père chausse-trappe, Elise Pirsoul met en lumière une lutte des classes. Crochetrain est noble, élégant et racé, tandis que Crevert est roturier, nabot et velu.
Il n’y a rien d’étonnant à ce que Crevert ait dérobé le manuscrit de Crochetrain pour le publier sous son nom. Il lui a volé son intrigue et jusqu’au nom de ses personnages (comme Oxydus, par exemple). Crevert est un petit salopin.
Ceci devait être dit.
Pirsoul nous assomme ensuite avec ses souvenirs de voyage.
A lire…

Écho n°190, par Philippe Sarr :
Cher Georgie,
« Le Père Fétiche » est l'histoire d'un plagiat, d'un affrontement ludique (en apparence). Crochetrain, l'auteur physique du texte, s'est vu voler son manuscrit par un certain Crevert. Juste pour la gloire? Ou pour séduire Psychoe (idéal féminin) ? Sans doute les deux !
Question : qui est le Père Fétiche ?
Un allié de Crochetrain, le père de ce dernier. Mais aussi celui de Crevert, enfant illégitime (un bâtard) conçu avec Psychae, stigmatisé et banni pour cette raison... Crevert, pour se venger et faire valoir la place qui, selon lui, lui revient de droit, est prêt à tout.
Mais pourquoi, et dans quel but ?
Le texte fonctionne, se comporte comme une sorte de couple infernal dont le moteur serait le « conflit ». On se sait jamais d'où vient le vent. Qui a tort et qui a raison. Le propre même de l'antitexte que de « tanguer » d'un bord, l'autre. Un côté Caïn et Abel (l'impossible histoire d'amour !). Un non-sens, comme lorsque deux amants, bien que s'aimant ardemment, se déchirent.
D'un côté, le texte et ses contraintes narratives, de l'autre, son « anti »... La raison et la passion... Entre eux deux, comme entre Charybde et Scylla, une forêt, ou une mer infinie avec son lot d'incertitudes. Une mer où tout devient possible, donc ambigu : l'Echolapsus ! Faudrait-il voir dans ce dernier une allégorie du sens qui se perd (Fétiche!), et s'étiole, « fuit » (cela rappellerait l'image du Père Fétiche fuyant à travers de désertiques contrées - politique de la terre brûlée - d'un Père Fétiche fuyant ses « pour » et « contre » suiveurs), pour échapper aux griffes du pygargue ? Peut-être ! Mais rien n'est moins sûr ! (Ne jamais s'emballer avec le Père Fétiche !). Si on devait le comparer (le texte) à une danse, je le comparerais volontiers à un tango (fermé, ouvert ?) dans lequel les deux partenaires passent leur temps à se perdre et à se retrouver. Tout comme le sens du texte. Tout comme les personnages qui rôdent autour comme de singuliers fantômes.
Crochetrain a écrit un texte dont il a également conçu le plan et la partition. Ce dernier a été dérobé. Puis falsifié. C'est à cette falsification « organisée » que l'on assiste. A la perte (de sens), et à son détournement. Mais aussi à une tentative de récupération (celle du manuscrit) par Crochetrain, son véritable auteur.
En simultané.
Le rôle des commentaires ? Déjouer la supercherie.
Le lecteur ? Assiste et fait le procès d'une imposture. Tente de rattraper au lasso de sa plume le sens qui, lui, fuit! Au propre comme au figuré.
Et tout le monde joue.
Comme au théâtre... (l'échiquier figurant la « scène »...)

Écho n°191, par Freddy Simon :
Depuis que l’on m’a expliqué, je comprends tout ! Je trouve le texte très bien écrit, et fort drôle. Je l’ai relu, une fois de plus, avec cette nouvelle optique, rien que pour le plaisir de rire et de bien apprécier.
J’espère que vous me trouvez intelligent.
Cordialement 

Écho n°192, par Georgie de Saint-Maur :
Cher Philippe,
C’est tout à fait exact, Crevert a utilisé la partie rédigé par Crochetrain, en faisant croire qu’elle était de lui !
Juste pour la gloire ? Non. Tout simplement pour que le roman soit publié/Sans doute a-t-il séduit sa Psychœ personnelle et s’est-il installé à Spa.
Q
ui est le Père Fétiche ? Bonne question. Excellente question. Mais pas facile d’y répondre de façon simple. J’aurais tendance à dire : c’est vous !
Le père/le frère de Crochetrain ? Comme Jacouille est le frère de Jacquart dans Les Visiteurs ? Un ami/l’éditeur de Crevert ? Crochetrain revenu régler ses comptes dans le passé ?
Toutes ces facettes sont plausibles.
Une chose est sûre Crochetrain est une victime.
Dans quel but ? La réhabilitation dans un premier élan et le pardon dans un deuxième. La fin nous apprendra que c’est Crochetrain qui gagne.
Merveilleuse comparaison que le Tango, vous êtes très subtil !
Les femmes jouent un rôle dans cette amitié brisée. Peut-être la femme de Crochetrain n’aimait-elle pas Crevert ? Ou l’inverse ?
Crevert et Crochetrain se déchirent à propos de la paternité d’un texte qu’ils ont écrit ensemble.
Mais le texte que Crochetrain oppose à Crevert est un antitexte, bien meilleur que ce que l’autre a publié sous son nom.
L’écholapsus vous intéresse, il est la voix de la sagesse qui se moque de l’ancien texte (idiot), et de ses tares. Il est une allégorie. Vous avez mille fois raison.
Je suis déçu par l’écholapsus. J’aurais pu m’en servir mieux. Mais je fatigue… Ce texte a 44 ans ! C’est effectivement une torsion, un détournement du texte initial. Une vengeance !
Vos analyses sont superbes.
La vérité va éclater. Elle ne servira pas à grand-chose, tout le monde est mort.
Il faut redire le nom !
Et, tout le monde joue.
Comme au théâtre... Bravo mille fois.

Écho n°193, par Georgie de Saint-Maur :
Cher Freddy,
Vous avez viré lof pour lof !
Je suis, bien entendu, flatté que vous relisiez ; une fois de plus, Le Père Fétiche, rien que pour le plaisir.
Je pense que ce qui me ferait encore plus de plaisir, c’est que vous jetiez votre dévolu sur un autre texte. Ce n’est pas ce qui manque à L’Abat-Jour.
J’ai l’impression que cette frénésie ne vous vaudra rien de bon.
Qu’en pense votre neveu ? Il m’a l’air de bon conseil.

Écho n°194, par Freddy Simon :
Mon neveu et moi nous connaissons, bien sûr, ce texte par cœur.
Des fois nous nous balançons des répliques pour rigoler (notamment comment est cette pièce ? qui revient souvent ou encore le plan, passe le moi).
Ma femme me trouve ridicule. J’ai eu quelques prises de bec avec elle à propos de votre texte. Elle ne comprend rien, la pauvre.
En ce moment, je suis en train de tout relire A L’ENVERS. Ça je pense que personne ne l’avait encore fait. Mon neveu jubile. Une grande complicité s’est installée entre nous. 

Écho n°195, par Serge Hamels :
- Je ne comprends rien, mais alors là, absolument rien à ce que tu me racontes, Crevert, et toute cette histoire commence à m’embêter sérieusement.
Voilà que les personnages eux-mêmes déclarent qu’ils ne comprennent rien à l’histoire, à présent ?
C’est très fort ! J’apprécie.
Ce serait donc l’histoire d’un plagiat (je me régale des commentaires de Philippe Sarr), mais alors j’ai bien l’impression qu’on ne retrouvera jamais l’original, non ?
Pour terminer j’aimerais dire à monsieur Simon que je le trouve intelligent. 

Écho n°196, par Georgie de Saint-Maur :
Cher Serge,
Je n’aurais pas parié ma selle contre des haricots que cette expérience trouverait des adeptes.
Je suis très fier de tous les commentaires, car ils prouvent qu’on a lu mon texte.
Merci de vos belles interventions.
Quant à Freddy Simon disons lui ovarb !


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Georgie de Saint-Maur 26/05/2013 19:38


Cher Serge,


Je n’aurais pas parié ma selle contre des haricots que cette expérience trouverait des adeptes.


Je suis très fier de tous les commentaires, car ils prouvent qu’on a lu mon texte.


Merci de vos belles interventions.


Quant à Freddy Simon disons lui ovarb !

Serge Hamels 25/05/2013 14:50


- Je ne comprends rien, mais alors là, absolument rien à ce que tu me racontes, Crevert, et toute cette histoire commence à m’embêter sérieusement.


Voilà que les personnages eux-mêmes déclarent qu’ils ne comprennent rien à l’histoire, à présent ?


C’est très fort ! J’apprécie.


Ce serait donc l’histoire d’un plagiat (je me régale des commentaires de Philippe Sarr), mais alors j’ai bien l’impression qu’on ne retrouvera jamais l’original, non ?


Pour terminer j’aimerais dire à monsieur Simon que je le trouve intelligent.

Freddy Simon 24/05/2013 17:26


Mon neveu et moi nous connaissons, bien sûr, ce texte par cœur.


Des fois nous nous balançons des répliques pour rigoler (notamment comment est cette pièce ? qui revient souvent ou encore le plan, passe le moi.


Ma femme me trouve ridicule. J’ai eu quelques prises de bec avec elle à propos de votre texte. Elle ne comprend rien, la pauvre.


En ce moment, je suis en train de tout relire A L’ENVERS. Ça je pense que personne ne l’avait encore fait. Mon neveu jubile. Une grande complicité s’est installée entre nous.

Georgie de Saint-Maur 24/05/2013 04:13


Cher Freddy,


Vous avez viré lof pour lof !


Je suis, bien entendu, flatté que vous relisiez ; une fois de plus, Le Père Fétiche, rien que pour le
plaisir.


Je pense que ce qui me ferait encore plus de plaisir, c’est que vous jetiez votre dévolu sur un autre texte. Ce n’est pas ce qui manque à L’Abat-Jour.


J’ai l’impression que cette frénésie ne vous vaudra rien de bon.


Qu’en pense votre neveu ? Il m’a l’air de bon conseil.

Georgie de Saint-Maur 24/05/2013 04:06


Cher Philippe,


C’est tout à fait exact, Crevert a utilisé la partie rédigé par Crochetrain, en faisant croire qu’elle était de lui !


Juste pour la gloire ? Non. Tout simplement pour que le roman soit publié/Sans doute a-t-il séduit sa Psychœ personnelle et s’est-il installé à Spa.


Qui est le Père Fétiche?  Bonne question. Excellente question. Mais pas facile d’y répondre de façon simple. J’aurais
tendance à dire : c’est vous !


Le père/le frère de Crochetrain ? Comme Jacouille est le frère de Jacquart dans Les Visiteurs ? Un ami/l’éditeur de Crevert ? Crochetrain revenu régler ses comptes dans le passé ?


Toutes ces facettes sont plausibles.


Une chose est sûre Crochetrain est une victime.


Dans quel but ? La réhabilitation dans un premier élan et le pardon
dans un deuxième. La fin nous apprendra que c’est Crochetrain qui gagne.


Merveilleuse comparaison que le Tango, vous êtes très subtil !


Les femmes jouent un rôle dans cette amitié brisée. Peut-être la femme de Crochetrain n’aimait-elle pas Crevert ? Ou l’inverse ?


Crevert et Crochetrain se déchirent à propos de la paternité d’un texte qu’ils ont écrit ensemble.


Mais le texte que Crochetrain oppose à Crevert est un antitexte, bien meilleur que ce que l’autre a publié sous son nom.


L’écholapsus vous intéresse, il est la voix de la sagesse qui se moque de l’ancien texte (idiot), et de ses tares. Il est une allégorie. Vous avez mille fois
raison.


Je suis déçu par l’écholapsus. J’aurais pu m’en servir mieux. Mais je fatigue… Ce texte a 44 ans ! C’est effectivement une torsion, un détournement du texte initial. Une vengeance !


Vos analyses sont superbes.
La vérité va éclater. Elle ne servira pas à grand-chose, tout le monde est mort.


Il faut redire le nom !


Et, tout le monde joue.


Comme au théâtre... Bravo mille fois.