Dixième séquence : Les cellules

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Le mois de septembre était un peu plus vieux que l'année dernière.
Crochetrain semblait le voir filer comme un pet sur une toile cirée. Mais qui avait tissé la toile ? Et l'avait-on seulement cirée avec de la cire d'abeille, ou avec un de ces horribles produits américains ?
Pour le reste de cette impression, il se moquait de savoir qui en était l'auteur.

Il fallait assurément éclaircir la situation. 

C'est pourquoi le père Fétiche fétichiste entra à ce moment précis dans la pièce et hurla le premier :
― Où est Psychæ, et surtout combien de petites chauve-souris y a-t-il dans cette pièce ? 
― Oh, père Fétiche, quelle bonne grosse surprise ! Un petit cognac ?
― D'accord, et avec moi-même ? poursuivit le père Fétiche imperturbable.
― Deux. 
― Alors, où sont les ciseaux ? questionna Psychœ, toute pourpre.
― Attention, dernière question : comment est cette pièce ?
― Carrée ! Bien carrée !
Les baronnets se mirent à se trémousser et à danser fébrilement, tandis que Crochetrain, la bave aux lèvres, sautait et agitait sa tête en tout sens en beuglant :
― Dansez ! Dansez, tas de chauve-souris !

Le soir même, au plus sombre recoin de la forêt visionnaire se fit la lumière.
 L’Écholapsus :
Seize œufs ! Une chose est sûre : nous savons ce que Crochetrain mange et ce qu’il boit.
 

Georgie de Saint-Maur     


La situation s’est-elle vraiment éclaircie ? La toile cirée, les chauves-souris et les ciseaux sont-ils des indices laissés par le père Fétiche ? Et qu’a-t-il bien pu se passer, le soir, au plus sombre recoin de la forêt visionnaire ?


Écho n°144, par Serge Hamels :

Dansez tas de chauve-souris ? Mais oui, monsieur de Saint-Maur. Nous allons tous danser ensemble, dans une jolie cellule capitonnée.
Non, je rigole. Blague dans le coin votre « anti-texte » a encore réussi à me surprendre. Je trouve ça très chouette et j’offre une récompense à qui pourra m’expliquer ce qui s’est passé dans cette dixième séquence… 

Écho n°145, par Philippe Sarr :
Cher Georgie,
Les chauves-souris buveuses de sang (celui des mots?) sont donc de retour ! L'antitexte aurait-il des fonctions anti-oxydantes ? La cire nourrit. Protège contre les « rayures ». Non-espace van vogtien ? Chaque séquence en simultané ? Le temps, ce « maître souverain », ne serait-il pas, au fond, le véritable « personnage central » de l'antitexte, dans la mesure où il en est absent, justement, « contraint » et « forcé », par le manque qu'il se signale, ou en sur-représentation, par l'excès (...alors en accumulation...) qu'il se manifeste !
L'automne, plus vieux que l'an dernier ? Imaginons : une ruche, un ensemble de cellules carrées, hexagonales, hélicoïdales, telles cet escalier « magique » dont il a déjà été fait mention, et dont chacune représenterait un « moment » particulier... « cellule » qui se nourrirait d'elle même, disposerait de sa propre autonomie, de son propre potentiel narratifs ?
Des ruches qui feraient alors de nous des « abeilles » butinant de fleurs en fleurs, de séquences en séquences, en quête de nectar ! Chaque séquence correspondant donc à un « moment » particulier, disais-je, sorte de « part manifeste » de l'antitexte (du père Fétiche), nos commentaires, ceux des lecteurs, librement engagés dans la « contrainte », voués à découvrir sa « partie latente », à déjouer plus ou moins efficacement, les amalgames ainsi que les nombreux « déplacements » fournis ou non d'ailleurs, par l'Echolapsus.
Qui tisserait alors la toile ? un inconnu ? un étranger ? (le xenos...)... lequel nous ferait tomber de Charybde en Scylla (entre le tout, le rien et la mort, le nonsense ?)... Psychae/Psychoe, non plus une allégorie du temps ou du Renard qui passe, mais double matérialisation: celles du désir et de son objet ?... 

Écho n°146, par Georgie de Saint-Maur :
Cher Philippe,
Pardonnez-moi ce petit temps de réponse. Comme toujours vos commentaires sont pointus et soulèvent bien des questions.
Chez les indiens, la chauve-souris symbolise la renaissance, elle est pendue la tête en bas, comme un bébé qui vient au monde.
Lorsque vous voyez une chauve-souris voler dans vos rêves, elle vous avertit qu’il est temps de vous débarrasser d’une partie de vous-même. Il faut savoir faire une mort symbolique pour pouvoir avancer spirituellement.
L'antitexte aurait-il des fonctions anti-oxydantes ?
Oui, car il faut empêcher qu’un stress oxydatif détruise les cellules.
Chaque séquence en simultané ? Eh oui.
Les personnages manquent de temps et s’agitent de plus en plus. Pourtant le temps s’accumule en certains endroits. Mais peut-être que cela n’est pas du temps utilisable. La maladie (le feu), qui gagne les cellules oblige nos personnages à en changer. Qu’il soit absent ou en surreprésentation, le temps du roman ne semble pas convenir à nos protagonistes ?
Nous sommes dans un temps en enfilade. Cette vieille théorie ou les nano-instants sont des pièces que nous traversons à toute vitesse pour nous précipiter sur la porte d’une autre pièce que nous traversons et cætera.
Ces pièces nous préexistent et nous survivent.
De là à comprendre que dans l’antitexte on peut s’y promener en tous sens, il n’y avait qu’un pas. Bravo !
L’idée de ruche dont chaque alvéole se nourrit de son propre potentiel narratif est une idée de dimension universelle ! Toutes mes félicitations !
Nous, transformés en abeilles, récoltant le vin (l’ambroisie) ou le cognac. La comparaison me parait à notre avantage. Je lui donne mon aval.
Qui tisserait alors la toile ? Une araignée ? Un bombyx ?
Il faudra éviter de tomber et nous méfier des ciseaux.
Les ciseaux sans cesse brandis par Psychæ/Psychœ, filles du père fétiche, objets du désir, perçues comme très belles et dont la signification nous crève les yeux...
Merci pour cette riche interprétation.

Écho n°147, par Georgie de Saint-Maur :
Cher Serge,
Bravo pour votre fidélité et votre humour bienveillant.
J’espère que les explications des commentaires précédents vous aident dans votre lecture.
Merci de vos commentaires.

Écho n°148, par Georgie de Saint-Maur :
Dans son œuvre épistolaire Le Père fœtus, paru aux éditions du Cancer, Michel Engelmann nous explique comment le Père Fétiche, tel un nouveau Hernani a divisé les Anciens et les Modernes. Il nous explique aussi que les lecteurs y sont considérés comme des phallus, allant et venant dans des vagins castrés ou interdits par le SIDA. L’un des protagonistes est séropositif. Nous devons donc nous empêcher de le fréquenter sexuellement parlant.
Engelmann ne parle ensuite que d’organes génitaux contaminés et termine son ouvrage par une petite comptine :
On s’en fiche mais
Qui est-ce qui fait rouiller les biches ?
C’est le pépé, c’est le pépère, le père fétiche.
Engelmann n’est pas très loin (toute proportion gardée), des Liaisons dangereuses de Laclos et la lecture du Père fœtus est enrichissante.

Écho n°149, par Freddy Simon :
Freddy Simon dit STOP !
Assez ! Arrêtez ce feuilleton par pitié.
Mal accueilli par ma femme (encore ce truc-là ?) et par une voisine venue prendre le café, je les ai forcées à lire le dixième épisode.
Comme elles ne comprenaient rien, je leur ai expliqué que nous étions des abeilles butinant chaque chapitre pour en recueillir le nectar. Je n’ai obtenu que moues et froncements de sourcils. C’est là que j’ai éclaté de rire comme un dément.
Pitié ! 

Écho n°150, par Maurice :
Je m'explique la réaction du ou des trolls vindicatifs (qui ne résisteraient pas à un simple jet de dé de 6) par le fait que le Père Fétiche brise une idole en la faisant pour ainsi dire tourner à vide jusqu'à érosion complète : l'idole du Sens. Certes, le programme est annoncé noir sur blanc (ou plutôt blanc sur noir, ce qui paradoxalement pète moins les yeux sur un écran d'ordinateur) d'entrée de « jeu », mais certains semblent ne pas en accepter les règles non-écrites, voilà pourquoi je me permets de les rappeler. Le Père Fétiche est bien le Tombeau du Sens, et ses nostalgiques fétichistes partent en harangues furieuses. Voici un texte qui demande de la part de son lecteur une certaine complaisance vis-à-vis de l'absurde, du non-sens, quelque chose de l'ordre (ou plutôt, en l'occurrence, du désordre) de l'esprit d'enfance, une tolérance face à l'abandon de la sémiosphère (qui se casse gentiment la gueule dans les escaliers avec le PF !)
Le sens est ainsi exhibé dans toute son artificialité, par le truchement de l'écholapsus : le Père Fétiche fait le Vide par excès. C'est, de la part de Georgie de Saint-Maur, une façon de dessiner en creux la rencontre avec la Chose ; le Réel non-symbolisable, ce qui commence quand le sens s'arrête (quand l'on repose les CISEAUX du sens, qu'on oublie son découpage, quand la poule a fini de pondre ses SIX OEUFS - cf. les six fonctions de la communication chez Jakobson). L'envers complémentaire du Père Fétiche serait le haïku (tordu ou non), forme permettant une rencontre épiphanique et « frontale » avec la réalité écrémée de sa vibration idéologique (et désempoissée de ses idéologèmes, que le Père Fétiche fait ludiquement pulluler).
« The only problem
with Haiku is that you just
get started and then »
Problème que ne rencontre pas le Père Fétiche, adoptant la forme-fleuve du feuilleton, pour mieux reconduire la jouissance du signifiant.
J'y vois aussi comme un objet partiel ; par son ton et sa forme, son aspect délibérément ludique, ses références à la boisson (le gai non-savoir en quelque sorte), il nous permet d'apprivoiser l'absence de sens, de faire le deuil progressivement, en douceur, de l'abandon de notre fétiche préféré : le Sens (= simple jeu culturel, qu'il serait indécent de naturaliser, et qui est donc soumis à un procès infini : aucun signifié transcendantal).

Écho n°151, par Georgie de Saint-Maur :
Cher Maurice,
Félicitations pour votre intervention.
L’antitexte s’enrichit de votre superbe interprétation.
Merci.

Écho n°152, par Georgie de Saint-Maur :
Cher Freddy,
Je comprends votre désarroi/détresse.
Vous êtes dans une phase de partage. En fait, vous cherchez à vous rassurer.
En partageant, vous voulez étayer votre propre sentiment. Le Père Fétiche est inepte !
Le problème c’est que vous commencez, en même temps, à apprécier une autre façon de rire.
Arrêtez de lire le Père.

Écho n°153, par Freddy Simon :
Freddy Simon JETTE LE GANT !
Vous avez raison. Je vais arrêter. Je n’ai pas envie de devenir DINGUE !
Ah oui, ça m’arrache la gueule mais… ça va me manquer. 

Écho n°154, par Serge Hamels :
Pour ce qui est de devenir dingue, je crains qu’il ne soit un peu trop tard !!! 

Écho n°155, par Jennifer :
Pour lancer un manifeste il faut vouloir : A.B.C., foudroyer contre 1, 2, 3, s'énerver et aiguiser les ailes pour conquérir et répandre de petits et de grands a, b, c, signer, crier, jurer, arranger la prose sous une forme d'évidence absolue, irréfutable, prouver son non-plus-ultra et soutenir que la nouveauté ressemble à la vie comme la dernière apparition d'une cocotte prouve l'essentiel de Dieu. Son existence fut déjà prouvée par l'accordéon, le paysage et la parole douce. Imposer son A.B.C. est une chose naturelle, — donc regrettable. Tout le monde le fait sous une forme de cristalbluffmadone, système monétaire, produit pharmaceutique, jambe nue conviant au printemps ardent et stérile. L'amour de la nouveauté est la croix sympathique, fait preuve d'un je m'enfoutisme naïf, signe sans cause, passager, positif. Mais ce besoin est aussi vieilli. En donnant à l'art l'impulsion de la suprême simplicité : nouveauté, on est humain et vrai envers l'amusement, impulsif, vibrant pour crucifier l'ennui. Au carrefour des lumières, alerte, attentif, en guettant les années, dans la forêt. J'écris un manifeste et je ne veux rien, je dis pourtant certaines choses et je suis par principe contre les manifestes, comme je suis aussi contre les principes (décilitres pour la valeur morale de toute phrase — trop de commodité; l'approximation fut inventée par les impressionnistes). J'écris ce manifeste pour montrer qu'on peut faire les actions opposées ensemble, dans une seule fraîche respiration; je suis contre l'action; pour la continuelle contradiction, pour l'affirmation aussi, je ne suis ni pour ni contre et je n'explique pas car je hais le bon sens.
DADA — voilà un mot qui mène des idées à la chasse; chaque bourgeois est un petit dramaturge, invente des propos différents, au lieu de placer les personnages convenables au niveau de son intelligence, chrysalides sur les chaises, cherche les causes ou les buts (suivant la méthode psychanalytique qu'il pratique) pour cimenter son intrigue, histoire qui parle et se définit. Chaque spectateur est un intrigant, s'il cherche à expliquer un mot (connaître!). Du refuge ouaté des complications serpentines, il faut manipuler ses instincts. De là les malheurs de la vie conjugale.
Expliquer : Amusement des ventrerouges aux moulins des crânes vides.
DADA NE SIGNIFIE RIEN
Si l'on trouve futile et si l'on ne perd son temps pour un mot qui ne signifie rien...
La première pensée qui tourne dans ces têtes est de l'ordre bactériologique : trouver son origine étymologique, historique ou psychologique, au moins. On apprend dans les journaux que les nègres Krou appellent la queue d'une vache sainte : DADA. Le cube et la mère en une certaine contrée d'Italie : DADA. Un cheval de bois, la nourrice, double affirmation en russe et en roumain : DADA. De savants journalistes y voient un art pour les bébés, d'autres saints jésusapellantlespetitsenfants du jour, le retour à un primitivisme sec et bruyant, bruyant et monotone. On ne construit pas sur un mot la sensibilité; toute construction converge à la perfection qui ennuie, idée stagnante d'un marécage doré, relatif produit humain. L'œuvre d'art ne doit pas être la beauté en elle-même, car elle est morte; ni gaie ni triste, ni claire, ni obscure, réjouir ou maltraiter les individualités en leur servant les gâteaux des auréoles saintes ou les sueurs d'une course cambrée à travers les atmosphères. Une œuvre d'art n'est jamais belle, par décret, objectivement, pour tous. La critique est donc inutile, elle n'existe que subjectivement, pour chacun, et sans le moindre caractère de généralité. Croit-on avoir trouvé la base psychique commune à toute l'humanité ? L'essai de Jésus et la bible couvrent sous leurs ailes larges et bienveillantes : la merde, les bêtes, les journées. Comment veut-on ordonner le chaos qui constitue cette infinie informe variation : l'homme ? Le principe : « aime ton prochain » est une hypocrisie. « Connais-toi » est une utopie mais plus acceptable car elle contient la méchanceté en elle. Pas de pitié. Il nous reste après le carnage l'espoir d'une humanité purifiée.
Je parle toujours de moi puisque je ne veux convaincre, je n'ai pas le droit d'entraîner d'autres dans mon fleuve, je n'oblige personne à me suivre et tout le monde fait son art à sa façon, s'il connaît le joie montant en flèches vers les couches astrales, ou celle qui descend dans les mines aux fleurs de cadavres et des spasmes fertiles. Stalactites : les chercher partout, dans les crèches agrandies par la douleur, les yeux blancs comme les lièvres des anges.
Ainsi naquit DADA d'un besoin d'indépendance, de méfiance envers la communauté. Ceux qui appartiennent à nous gardent leur liberté. Nous ne reconnaissons aucune théorie. Nous avons assez des académies cubistes et futuristes : laboratoires d'idées formelles. Fait-on l'art pour gagner de l'argent et caresser les gentils bourgeois ? Les rimes sonnent l'assonance des monnaies et l'inflexion glisse le long de la ligne du ventre de profil. Tous les groupements d'artistes ont abouti à cette banque en chevauchant sur diverses comètes. La porte ouverte aux possibilités de se vautrer dans les coussins et la nourriture.
Ici nous jetons l'ancre dans la terre grasse. Ici nous avons le droit de proclamer car nous avons connu les frissons et l'éveil. Revenants ivres d'énergie nous enfonçons le trident dans la chair insoucieuse. Nous sommes ruissellements de malédictions en abondance tropique de végétations vertigineuses, gomme et pluie est notre sueur, nous saignons et brûlons la soif, notre sang est vigueur.
Le cubisme naquit de la simple façon de regarder l'objet : Cézanne peignait une tasse 20 centimètres plus bas que ses yeux, les cubistes la regardent d'en haut, d'autres compliquent l'apparence en faisant une section perpendiculaire et en l'arrangeant sagement à côté. (Je n'oublie pas les créateurs, ni les grandes raisons de la matière qu'ils rendirent définitives.) Le futuriste voit la même tasse en mouvement, une succession d'objet l'un à côté de l'autre agrémentée malicieusement de quelques lignes-forces. Cela n'empêche que la toile soit une bonne ou mauvaise peinture destinée au placement des capitaux intellectuels. Le peintre nouveau crée un monde, dont les éléments sont aussi les moyens, une œuvre sobre et définie, sans argument. L'artiste nouveau proteste : il ne peint plus (reproduction symbolique et illusionniste) mais crée directement en pierre, bois, fer, étain, des rocs, des organismes locomotives pouvant être tournés de tous les côtés par le vent limpide de la sensation momentanée. Toute œuvre picturale ou plastique est inutile; qu'il soit un monstre qui fait peur aux esprits serviles, et non douceâtre pour orner les réfectoires des animaux en costumes humains, illustrations de cette triste fable de l'humanité.
Un tableau est l'art de faire se rencontrer deux lignes géométriquement constatées parallèles, sur une toile, devant nos yeux, dans la réalité d'un monde transposé suivant de nouvelles conditions et possibilités. Ce monde n'est pas spécifié ni défini dans l'œuvre, il appartient dans ses innombrables variations au spectateur. Pour son créateur, il est sans cause et sans théorie.
Ordre = désordre; moi = non-moi; affirmation = négation : rayonnements suprêmes d'un art absolu. Absolu en pureté de chaos cosmique et ordonné, éternel dans la globule seconde sans durée, sans respiration, sans lumière, sans contrôle. J'aime une œuvre ancienne pour sa nouveauté. Il n'y a que le contraste qui nous relie au passé. Les écrivains qui enseignent la morale et discutent ou améliorent la base psychologique ont, à part un désir caché de gagner, une connaissance ridicule de la vie, qu'ils ont classifiée, partagée, canalisée; ils s'entêtent à voir danser les catégories lorsqu'ils battent la mesure. Leurs lecteurs ricanent et continuent : à quoi bon ?
Il y a une littérature qui n'arrive pas jusqu'à la masse vorace. Œuvre de créateurs, sortie d'une vraie nécessité de l'auteur, et pour lui. Connaissance d'un suprême égoïsme, où les bois s'étiolent. Chaque page doit exploser, soit par

Écho n°156, par Georgie de Saint-Maur :
- On a constaté que la nomenclature et les caractéristiques des pièces et même leur façon de se déplacer se sont adaptées aux différentes cultures que le jeu a traversées.
-
C’est tout à fait vrai, L’appellation du Sjheh persan a été conservée dans tous les pays. L’éléphant est successivement devenu le crabe puis le Lapin (le Lièvre).
Le chariot est devenu l’oubliette, sans que nul ne semble connaître avec exactitude l’origine de cette métamorphose. Le Chevalier, par déformation, est devenu le Chapelier. Le fantassin (baïdag) est devenu le pion.
- Les r
ègles étaient-elles les mêmes que de nos jours ?
- Oh
, c’était un jeu dont la lenteur aurait exaspéré notre génération de zappeurs.
A la fin du Moyen Age, il est devenu beaucoup plus rapide grâce à la modification de déplacement du Lapin et surtout des pions.

Écho n°157, par S.C.S. :
Cher Georgie,                              
Mes réactions épistolaires se font rares, car pour moi, le temps... Enfin, je sais que vous m'avez compris. Rapidement, mais profondément, il me semble que vous jouiez sur deux tableaux - sur nos deux hémisphères. C'est vrai, qu'à pousser à bout nos cellules nerveuses, celles ci, sont misent à contribution. C'est très réussi !
J
e me sauve, un gratin dauphinois sort du micro-ondes, je ne voudrais pas le manger, que dis-je, le dévorer froid.
A
u fait, Georges Simenon, a t-il quelques importance dans votre récit ? Enfin, sachez que pour ma part, j'ai commencé votre histoire avec du Gaillac, et que je la terminerai avec du même Gaillac ! (Une condition, que mon épouse en trouve encore en rayon. Nous ne faisons aucun stock.)

Écho n°158, par Georgie de Saint-Maur :
Cher
Serge,
Je vous remercie de votre commentaire.                                  
Je joue sur les deux hémisphères ? Bravo. Le prochain épisode s’intitule : Le cerveau.
G
eorges Simenon devrait être au centre de notre enquête, mais je n’ai pas réussi à le caser dans l’antitexte.
Je vous
souhaite un bon appétit.

Écho n°159, par Georgie de Saint-Maur :
Le tex
te avance. Les épisodes se succèdent… La fin est proche !
L
a prochaine séquence : Le cerveau est un hymne national.
A
ndré Blavier nous manque.
« On croit comprendre que l’auteur, vieilli, doit habiter chez sa fille. Mais ce projet se heurte au veto de son gendre. » (Joseph Crombach, Le Père fortiche)                                    
                                      

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Georgie de Saint-Maur 08/05/2013 05:17


Le texte avance. Les épisodes se succèdent… La fin est proche !


La prochaine séquence : Le cerveau est un hymne national.


André Blavier nous manque.


« On croit comprendre que l’auteur, vieilli, doit habiter chez sa fille. Mais ce projet se heurte au véto de son gendre. » (Juseph Crombach, Le Père fortiche)

Georgie de Saint-Maur 08/05/2013 03:21


Cher Serge,


Je vous remercie de votre commentaire.


Je joue sur les deux hémisphères ? Bravo. Le prochain épisode s’intitule : Le cerveau.


Georges Simenon devrait être au centre de notre enquête, mais je n’ai pas réussi à le caser dans l’antitexte.


Je vous souhaite un bon appétit.

S.C.S. 07/05/2013 21:01


Cher Georgie,


Mes réactions épistolaires se font rares, car pour moi, le temps.... Enfin, je sais que vous m'avez compris. Rapidement, mais profondément, il me semble que vous jouiez sur deux tableaux - sur
nos deux hémisphères. C'est vrai, qu'à pousser à bout nos cellules nerveuses, celles ci, sont misent à contribution. C'est très réussi!


Je me sauve, un gratin dauphinois sort du micro-ondes, je ne voudrais pas le manger, que dis-je, le dévorer froid.


Au fait, Georges Simenon, a t-il quelques importance dans votre récit? Enfin, sachez que pour ma part, j'ai commencé votre histoire avec du Gaillac, et que je la terminerai avec du même Gaillac!
(une condition, que mon épouse en trouve encore en rayon. Nous ne faisons aucun stock.) 

Georgie de Saint-Maur 05/05/2013 01:26


- On a constaté que la nomenclature et les caractéristiques des pièces et même leur façon de se déplacer se
sont adaptées aux différentes cultures que le jeu a traversées.


- C’est tout à fait vrai, L’appellation du Sjheh persan a été conservée dans tous les pays. L’éléphant est successivement devenu le crabe puis le
Lapin (le Lièvre).
Le chariot est devenu l’oubliette, sans que nul ne semble connaître avec exactitude l’origine de cette métamorphose. Le Chevalier, par déformation, est devenu le Chapelier. Le fantassin
(baïdag) est devenu le pion.


-Les règles étaient-elles les mêmes que de nos jours ?


- Oh, c’était un jeu dont la lenteur aurait exaspéré notre génération de zappeurs.
A la fin du moyen-âge, il est devenu beaucoup plus rapide grâce à la modification de déplacement du Lapin et surtout des pions

Jennifer 04/05/2013 17:48


Pour lancer un manifeste il faut vouloir : A.B.C., foudroyer contre 1, 2, 3,

s'énerver et aiguiser les ailes pour conquérir et répandre de petits et de grands a, b, c,

signer, crier, jurer, arranger la prose sous une forme d'évidence absolue, irréfutable, prouver son non-plus-ultra et soutenir que la nouveauté ressemble à la vie comme la dernière apparition
d'une cocotte prouve l'essentiel de Dieu. Son existence fut déjà prouvée par l'accordéon, le paysage et la parole douce.■ Imposer son A.B.C. est une chose naturelle, — donc regrettable. Tout le
monde le fait sous une forme de cristalbluffmadone, système monétaire, produit pharmaceutique, jambe nue conviant au printemps ardent et stérile. L'amour de la nouveauté est la croix sympathique,
fait preuve d'un jem'enfoutisme naïf, signe sans cause, passager, positif. Mais ce besoin est aussi vieilli. En donnant à l'art l'impulsion de la suprême simplicité : nouveauté, on est humain et
vrai envers l'amusement, impulsif, vibrant pour crucifier l'ennui. Au carrefour des lumières, alerte, attentif, en guettant les années, dans la forêt.■ J'écris un manifeste et je ne veux rien, je
dis pourtant certaines choses et je suis par principe contre les manifestes, comme je suis aussi contre les principes (décilitres pour la valeur morale de toute phrase — trop de commodité;
l'approximation fut inventée par les impressionnistes). ■ J'écris ce manifeste pour montrer qu'on peut faire les actions opposées ensemble, dans une seule fraîche respiration; je suis contre
l'action; pour la continuelle contradiction, pour l'affirmation aussi, je ne suis ni pour ni contre et je n'explique pas car je hais le bon sens.


DADA — voilà un mot qui mène des idées à la chasse; chaque bourgeois est un petit dramaturge, invente des propos différents, au lieu de placer les personnages convenables au niveau de son
intelligence, chrysalides sur les chaises, cherche les causes ou les buts (suivant la méthode psychanalytique qu'il pratique) pour cimenter son intrigue, histoire qui parle et se définit. ■
Chaque spectateur est un intrigant, s'il cherche à expliquer un mot (connaître!). Du refuge ouaté des complications serpentines, il faut manipuler ses instincts. De là les malheurs de la vie
conjugale.

Expliquer : Amusement des ventrerouges aux moulins des crânes vides.

DADA NE SIGNIFIE RIEN


Si l'on trouve futile et si l'on ne perd son temps pour un mot qui ne signifie rien...

La première pensée qui tourne dans ces têtes est de l'ordre bactériologique : trouver son origine étymologique, historique ou psychologique, au moins. On apprend dans les journaux que les
nègres Krou appellent la queue d'une vache sainte : DADA. Le cube et la mère en une certaine contrée d'Italie : DADA. Un cheval de bois, la nourrice, double affirmation en russe et en roumain :
DADA. De savants journalistes y voient un art pour les bébés, d'autres saints jésusapellantlespetitsenfants du jour, le retour à un primitivisme sec et bruyant, bruyant et
monotone. On ne construit pas sur un mot la sensibilité; toute construction converge à la perfection qui ennuie, idée stagnante d'un marécage doré, relatif produit humain. L'œuvre d'art ne doit
pas être la beauté en elle-même, car elle est morte; ni gaie ni triste, ni claire, ni obscure, réjouir ou maltraiter les individualités en leur servant les gâteaux des auréoles saintes ou les
sueurs d'une course cambrée à travers les atmosphères. Une œuvre d'art n'est jamais belle, par décret, objectivement, pour tous. La critique est donc inutile, elle n'existe que subjectivement,
pour chacun, et sans le moindre caractère de généralité. Croit-on avoir trouvé la base psychique commune à toute l'humanité ? L'essai de Jésus et la bible couvrent sous leurs ailes larges et
bienveillantes : la merde, les bêtes, les journées. Comment veut-on ordonner le chaos qui constitue cette infinie informe variation : l'homme ? Le principe : « aime ton prochain » est une
hypocrisie. « Connais-toi » est une utopie mais plus acceptable car elle contient la méchanceté en elle. Pas de pitié. Il nous reste après le carnage l'espoir d'une humanité purifiée.

Je parle toujours de moi puisque je ne veux convaincre, je n'ai pas le droit d'entraîner d'autres dans mon fleuve, je n'oblige personne à me suivre et tout le monde fait son art à sa façon, s'il
connaît le joie montant en flèches vers les couches astrales, ou celle qui descend dans les mines aux fleurs de cadavres et des spasmes fertiles. Stalactites : les chercher partout, dans les
crèches agrandies par la douleur, les yeux blancs comme les lièvres des anges.

Ainsi naquit DADA d'un besoin d'indépendance, de méfiance envers la communauté. Ceux qui appartiennent à nous gardent leur liberté. Nous ne reconnaissons aucune théorie. Nous avons assez des
académies cubistes et futuristes : laboratoires d'idées formelles. Fait-on l'art pour gagner de l'argent et caresser les gentils bourgeois ? Les rimes sonnent l'assonance des monnaies et
l'inflexion glisse le long de la ligne du ventre de profil. Tous les groupements d'artistes ont abouti à cette banque en chevauchant sur diverses comètes. La porte ouverte aux possibilités de se
vautrer dans les coussins et la nourriture.

Ici nous jettons l'ancre dans la terre grasse. Ici nous avons le droit de proclamer car nous avons connu les frissons et l'éveil. Revenants ivres d'énergie nous enfonçons le trident dans la chair
insoucieuse. Nous sommes ruissellements de malédictions en abondance tropique de végétations vertigineuses, gomme et pluie est notre sueur, nous saignons et brûlons la soif, notre sang est
vigueur.

Le cubisme naquit de la simple façon de regarder l'objet : Cézanne peignait une tasse 20 centimètres plus bas que ses yeux, les cubistes la regardent d'en haut, d'autres compliquent l'apparence
en faisant une section perpendiculaire et en l'arrangeant sagement à côté. (Je n'oublie pas les créateurs, ni les grandes raisons de la matière qu'ils rendirent définitives.) Le futuriste voit la
même tasse en mouvement, une succession d'objet l'un à côté de l'autre agrémentée malicieusement de quelques lignes-forces. Cela n'empêche que la toile soit une bonne ou mauvaise peinture
destinée au placement des capitaux intellectuels. Le peintre nouveau crée un monde, dont les éléments sont aussi les moyens, une œuvre sobre et définie, sans argument. L'artiste nouveau proteste
: il ne peint plus (reproduction symbolique et illusionniste) mais crée directement en pierre, bois, fer, étain, des rocs, des organismes locomotives pouvant être tournés de tous les côtés par le
vent limpide de la sensation momentanée.■ Toute œuvre picturale ou plastique est inutile; qu'il soit un monstre qui fait peur aux esprits serviles, et non douceâtre pour orner les réfectoires des
animaux en costumes humains, illustrations de cette triste fable de l'humanité. —

Un tableau est l'art de faire se rencontrer deux lignes géométriquement constatées parallèles, sur une toile, devant nos yeux, dans la réalité d'un monde transposé suivant de nouvelles conditions
et possibilités. Ce monde n'est pas spécifié ni défini dans l'œuvre, il appartient dans ses innombrables variations au spectateur. Pour son créateur, il est sans cause et sans théorie.

Ordre = désordre; moi = non-moi; affirmation = négation : rayonnements suprêmes d'un art absolu. Absolu en pureté de chaos cosmique et ordonné, éternel dans la globule seconde sans durée, sans
respiration, sans lumière, sans contrôle. J'aime une œuvre ancienne pour sa nouveauté. Il n'y a que le contraste qui nous relie au passé. Les écrivains qui enseignent la morale et discutent ou
améliorent la base psychologique ont, à part un désir caché de gagner, une connaissance ridicule de la vie, qu'ils ont classifiée, partagée, canalisée; ils s'entêtent à voir danser les catégories
lorsqu'ils battent la mesure. Leurs lecteurs ricanent et continuent : à quoi bon ?

Il y a une littérature qui n'arrive pas jusqu'à la masse vorace. Œuvre de créateurs, sortie d'une vraie nécessité de l'auteur, et pour lui. Connaissance d'un suprême égoïsme, où les bois
s'étiolent. ■ Chaque page doit exploser, soit par